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Marie-Chantal Falardeau

DIPLÔME(S) OBTENU(S) :

2020 : Doctorat en Lettres, concentration communication sociale, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

2014 : Maîtrise avec mémoire en Lettres, concentration communication sociale, UQTR

2012 : Baccalauréat en communication sociale, UQTR

PROGRAMME D’ÉTUDE ACTUEL :

Stage postdoctoral – Faculté des lettres et sciences humaines : École de Travail social

TITRE DU PROJET D’ÉTUDE :

Programme de promotion de la bienveillance et de lutte contre l’intolérance entre résidents : Améliorer la vie collective en résidence privée pour aînés.

BOURSES D’ÉTUDES ET MONTANTS :

Mitacs Accélaration (avec la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais) : 70 000 $

DATE DE RÉALISATION :

15 juin 2020 au 15 décembre 2022.

PROBLÉMATIQUE :

Au Québec, l’intolérance, ou la maltraitance, entre résidents en RPA est un sujet émergent de préoccupations pour les cadres de ces types de résidences, les intervenants et cadres des organismes du réseau public et communautaire, et les scientifiques. L’ampleur du problème et ses conséquences psychologiques, physiques et sociales chez les aînés maltraités ou témoins dénotent de l’urgence d’agir. L’état des connaissances montre que la problématique a fait l’objet de plusieurs recherches dans les milieux de soins de longue durée, mais que celle-ci reste moins documentée dans les RPA. De plus, peu de pratiques validées existent pour contrer l’intolérance entre résidents en RPA. Ce faisant, chaque cas obtient une réponse à la pièce. À notre connaissance, aucune pratique n’a fait l’objet d’un processus de validation scientifique, soit un processus qui engage une série de stratégies de recherche qualitative telle la présence maximale sur le terrain, une description étoffée de chacun des actions et de ses effets, ou encore la proximité des acteurs de recherche des gens du terrain (Creswell et Poth, 2018).

Outre les praticiens et cadres en RPA, des acteurs des organismes communautaires et publics (Goulet et Séguin, 2018) peuvent agir dans ces situations, chacun dans les limites de leur champ d’expertise. À notre connaissance, aucune collaboration formelle entre des acteurs visant à offrir une action concertée et cohérente de lutte contre l’intolérance entre résidents et de promotion de la bienveillance n’existe.

Ainsi, la présente étude s’attarde particulièrement à développer un programme de promotion de la bienveillance et de lutte contre l’intolérance entre résidents pour améliorer la vie collective en RPA. Ce projet est en fait la suite d’un premier volet réalisé en 2018-2019 portant sur les représentations de la maltraitance et du « bien vivre ensemble » des acteurs qui vivent et travaillent en RPA (résidents, employés et gestionnaires, soit les directeurs généraux et les cadres corporatifs) (Beaulieu et Leboeuf, 2019). Dans ce premier volet, les chercheuses ont identifié des situations, des caractéristiques, des effets et des actions employées à l’égard de la maltraitance ou de l’intolérance entre résidents et du « bien vivre ensemble » ou de la bienveillance. Ce premier volet a également permis d’identifier des besoins à l’égard de ces éléments et de soulever des pistes de solutions. Enfin, un langage commun pour les résidents, les employés et les gestionnaires pour parler des situations de maltraitance entre résidents et en matière de « bien vivre ensemble » a fait l’objet d’un consensus. Ainsi, pour les participants de ce premier volet, l’« intolérance » et la « bienveillance » sont les termes représentant le mieux le phénomène à l’étude. Comme mentionné ci-haut, nous mettons à profit ce résultat dès maintenant et emploierons l’intolérance et la bienveillance dans le cadre de cette étude et des points suivants de cette demande.

Préoccupés par le bien-être des aînés vivant en RPA et par l’amélioration de leurs pratiques visant à contrer l’intolérance entre résidents et à promouvoir la bienveillance en RPA, la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais et d’autres collaborateurs se joignent à la stagiaire postdoctorale, à sa professeure superviseure ainsi qu’au reste de l’équipe de recherche afin de mener conjointement un projet pour étudier ce phénomène selon une démarche de recherche participative.

BUT OU QUESTION DE RECHERCHE :

L’objectif général de ce projet est de développer et d’implanter un programme visant la promotion de la bienveillance et la lutte contre l’intolérance entre résidents au sein de RPA.

OBJECTIFS :

Les objectifs spécifiques suivants sont poursuivis :

  1. Documenter les pratiques en matière de la lutte contre l’intolérance entre résidents et de promotion de la bienveillance en RPA.
  2. Élaborer un programme visant à promouvoir la bienveillance en RPA et à lutter contre les situations d’intolérance entre résidents (prévention, repérage, intervention), puis l’implanter.
  3. Réaliser une évaluation de l’implantation du programme visant à lutter contre les situations d’intolérance entre résidents et à promouvoir la bienveillance en RPA.

MÉTHODOLOGIE :

Revue systématique

Le projet débutera par la réalisation d’un état des connaissances sur les pratiques et les besoins en matière de lutte contre l’intolérance entre résidents et de promotion de la bienveillance. Pour ce faire, une revue systématique sera réalisée selon la méthode Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-analyses (PRISMA) de Liberati et ses collègues (2009). Une revue systématique résume des études portant sur une question précise de recherche et propose une méthodologie rigoureuse, transparente et explicite (Brooks et McNeely, 2013). Elle permet, entre autres, d’identifier les écarts existants entre les études sélectionnées, de synthétiser celles-ci et de proposer des recommandations en regard des résultats soulevés.

La revue systématique proposée porte sur deux questions générales, et répondra également à quatre questions spécifiques. Puisque la littérature sur la problématique réfère à la « maltraitance » et à la « bientraitance », ces termes guident nos questionnements. Toutefois, les termes d’« intolérance » et de « bienveillance » feront partie des mots-clés permettant de recenser les études pertinentes :

Maltraitance

Bientraitance

Question générale

Question générale

Quelles sont les pratiques préconisées pour lutter contre la maltraitance entre résidents dans les milieux de vie collectifs?

Quelles sont les pratiques préconisées pour promouvoir la bientraitance entre résidents dans les milieux de vie collectifs?

Questions spécifiques

Questions spécifiques

Quelles sont les pratiques validées permettant de lutter contre la maltraitance entre résidents dans les milieux de vie collectifs?

Quelles sont les pratiques validées permettant de promouvoir la bientraitance entre résidents dans les milieux de vie collectifs?

Quelles sont les pratiques validées permettant de lutter contre la maltraitance entre résidents autonomes ou semi-autonomes?

Quelles sont les pratiques validées permettant de promouvoir la bientraitance entre résidents autonomes ou semi-autonomes?

Cette revue systématique permettra ainsi d’approfondir les connaissances de l’intolérance et de la bienveillance entre résidents pour la clientèle des RPA, soit des personnes aînées autonomes ou semi-autonomes, de cibler les limites de la littérature et de dégager des pistes pour approfondir la collecte de données.

Méthode pour répondre à l’objectif 1

Pour atteindre l’objectif 1, soit documenter les pratiques en matière de lutte contre l’intolérance entre résidents et la promotion de la bienveillance en RPA, des entrevues seront menées avec divers acteurs. Au total, 24 entrevues individuelles semi-dirigées, d’une durée moyenne d’une heure chacune, seront réalisées selon une approche dite narrative, soit avec une attention en profondeur aux expériences individuelles (Creswell et Poth, 2018), et feront l’objet d’une analyse thématique (Paillé et Mucchielli, 2012). Précisément, seront menées :

  • 12 entrevues individuelles auprès de résidents vivant dans l’une des trois RPA participantes et ayant déjà vécu une situation d’intolérance entre résidents;
  • 6 entrevues individuelles auprès de membres du personnel occupant des postes variés au sein des trois RPA participantes (ex. infirmier(e)s, préposé(e)s aux bénéficiaires, technicien(ne)s en loisir, préposé(e)s à la salle à manger, etc.) ayant eu à intervenir dans ce genre de situations;
  • 6 entrevues individuelles avec des partenaires clés (organismes communautaires, publics et autres) œuvrant en matière de lutte contre l’intolérance entre résidents en RPA et de promotion de la bienveillance ayant eu à intervenir dans ce genre de situations.

Des entrevues individuelles semi-dirigées ont été privilégiées pour répondre à ce premier objectif, notamment considérant le sujet délicat à l’étude, spécialement pour les résidents qui ont vécu ce type de situation. Le choix de réaliser des entrevues semi-dirigées a été orienté par le fait que ce type d’entrevue permet d’aborder des thèmes clés tout en offrant au participant la liberté de discuter de sujets parallèles qui peuvent s’avérer riches en termes d’informations pertinentes pour l’étude (Poupart et al., 1997). Ainsi, le canevas d’entrevue comportera des questions nécessitant des réponses, mais sera également ouvert à d’autres thèmes considérés comme importants par les participants.

Ces entrevues permettront de mieux comprendre les pratiques actuellement en vigueur à l’égard de la lutte contre l’intolérance et de promotion de la bienveillance en RPA. Des pratiques spécifiques pourront ainsi être dégagées en fonctions du type d’intolérance et du type d’intervenant potentiel en plus de permettre de dégager des orientations sur la bienveillance. Précisément, les thématiques des entrevues porteront sur les situations d’intolérance et de maltraitance vécues par les participants ou dont ils ont été témoins. Puis, il sera question de comprendre comme la situation s’est résorbée et les moyens mis en place pour la résoudre. Un autre thème envisagé est celui des outils actuellement présents au sein des RPA pour comprendre l’usage qui en est fait et pour pouvoir mieux cerner les lacunes à bonifier par le programme qui sera créé. Une attention particulière sera portée aux besoins des participants quant au programme (par exemple : ce qu’il devrait contenir ou ce qu’il ne devrait pas contenir).

Méthode pour répondre à l’objectif 2

L’atteinte de l’objectif 2, soit le développement et l’implantation du programme, s’ancre dans une démarche participative où les acteurs du milieu travailleront de concert avec l’équipe de recherche au développement du projet et où ils joueront un rôle décisif dans l’orientation et la réalisation de chacune des étapes du projet (Corwall et Jewekes, 1995). Afin d’assurer la coordination de l’ensemble des acteurs au bon déroulement de la planification du programme, un comité de travail composé de 3 résidents et de 3 employés des RPA participantes travaillera de concert avec le comité de pilotage, composé de l’équipe de recherche (dont font partie la stagiaire postdoctorale et la professeure superviseure), de Jasmin Roy, président de la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais, et des directrices générales des RPA au sein desquelles le programme sera implanté. Ensemble, ces deux comités veilleront à la planification, au développement, à l’implantation et à l’évaluation du programme.

Les résidents et employés qui feront partie du comité de travail seront recrutés par l’entremise des gestionnaires des résidences. Ainsi, les gestionnaires dispenseront un employé par résidence, sur leur temps de travail, pour collaborer au développement et à l’implantation du travail. Par leur expertise et leur connaissance des résidents, les gestionnaires pourront soumettre à l’équipe de recherche les noms de résidents susceptibles d’être intéressés à prendre part au développement et à l’implantation du programme au sein de leur résidence. La stagiaire postdoctorale entrera ensuite en contact avec les personnes pressenties pour former le comité de travail.

L’approche d’Intervention Mapping (Bartholomew Eldrigde et al., 2016) guidera le développement et l’implantation du programme. Cette approche permet un processus itératif, auquel sont intégrées théorie, littérature et données empiriques collectées auprès des participants visés. Précisément, cette approche est écosociologique, ce qui permet d’appréhender le contexte des individus, mais aussi de leur environnement.

Six étapes forment l’Intervention Mapping, permettant de décrire le processus itératif, de l’identification du problème à la résolution (trad. libre de Bartholomew Eldrigde et al., 2016, https://interventionmapping.com/) :

1. Effectuer une évaluation des besoins ou une analyse des problèmes, identifier ce qui, le cas échéant, doit être changé, et pour quelle(s) population(s) ; 2. Créer des matrices d’objectifs de changement en combinant des (sous-) comportements (objectifs de performance) avec des déterminants comportementaux, en identifiant quelles croyances devraient être ciblées par l’intervention ; 3. Sélectionner des méthodes d’intervention fondées sur la théorie qui correspondent aux déterminants dans lesquels les croyances identifiées s’agrègent, et les traduire en applications pratiques qui satisferont aux paramètres d’efficacité des méthodes sélectionnées ; 4. Intégrer les méthodes et les applications pratiques dans un programme organisé ; 5. Planifier l’adoption, la mise en œuvre et la durabilité du programme dans des contextes réels ; 6. Générer un plan d’évaluation pour effectuer des évaluations d’effet et de processus.

L’achèvement de ces six étapes sert ensuite à la conception, la mise en œuvre et l’évaluation d’une intervention, étape se reflétant dans le troisième objectif de ce projet.

Ainsi, le comité de travail et le comité de pilotage tiendront compte des précédents résultats qui auront permis de définir le problème et les besoins en matière de promotion de la bienveillance et de lutte contre l’intolérance. Ils élaboreront les objectifs de changement et les cibles d’intervention du programme, choisiront les meilleures stratégies et activités, développeront des outils et des méthodes d’intervention en conséquence, intégreront ces méthodes dans le cadre du programme, planifieront les paramètres permettant d’assurer l’adoption, l’implantation et la viabilité à long terme du programme au sein des RPA. Les thèmes de l’évaluation de l’implantation seront alors déterminés selon le contenu du programme. Seront par exemple retenus le nombre d’activités, la qualité des outils, la réceptivité du message, etc.

Méthode pour répondre à l’objectif 3

Pour atteindre l’objectif 3, le programme, en version francophone et anglophone, sera implanté en projet-pilote sur une période de six mois au sein des trois résidences ayant participé au projet.

Une évaluation évolutive vise à soutenir le processus de changement et d’innovation d’une institution et de ses activités. Ainsi, elle est utile lorsque le cadre est incertain et moins structuré que dans d’autres situations pouvant recourir à une forme d’évaluation sommative ou formative, puisqu’elle permet à la voie empruntée et à la destination d’évoluer simultanément. Qui plus est, elle est tout indiquée dans un cycle itératif et dans une dynamique de collaboration, comme l’est cette étude.

L’analyse positive dans une évaluation évolutive vise à « renforcer la capacité du système à saisir son potentiel, à la prédire et à l’accroître » (Gamble, 2008, p. 51). En ce sens, ce type d’analyse se concentre sur les aspects positifs et favorables à l’organisme plutôt que sur les échecs.

Travaillant dans une visée de favoriser les communautés bienveillantes en RPA et en collaboration avec la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais et les acteurs du milieu (résidents, employés et gestionnaires de RPA, partenaires), ce type d’évaluation permettra ainsi à la stagiaire postdoctorante, sa professeure superviseure et les autres membres de l’équipe de recherche et collaborateurs, de travailler de concert à développer un programme de lutte contre l’intolérance entre résidents et de promotion de la bienveillance, et ce, en respectant les besoins des principaux concernés (les résidents).

À cette fin, des entrevues de groupes et individuelles seront réalisées, d’une durée entre 1 h et 1 h 30 chacune, selon un canevas d’entrevue semi-dirigé. Précisément, seront réalisées :

  • 3 entrevues de groupe avec 10 résidents de chaque RPA (n = 30);
  • 3 entrevues de groupe avec 6 employés de chaque RPA (n = 18);
  • 3 entrevues individuelles avec les gestionnaires de chaque RPA (n = 3).

Des entrevues de groupe sont privilégiées avec des résidents et des employés puisqu’elles favorisent l’expression et l’approfondissement d’idées variées et qu’elles encouragent une dynamique de groupe qui peut donner un sentiment de sécurité aux participants (Desrosiers et Larivière, 2014). Ainsi, une entrevue de groupe consiste à réunir des petits groupes de personnes pour les amener à discuter de façon ouverte sur un ou plusieurs sujets spécifiques, et permet de mieux comprendre la diversité des comportements et des opinions à l’égard des sujets abordés (Deslauriers, 1991).

À l’inverse, des entrevues individuelles sont préconisées avec les gestionnaires des résidences, entre autres compte tenu de leur petit nombre (n = 3). En effet, il est recommandé, pour mener des entrevues de groupe, de former un groupe comprenant entre 5 et 11 participants (Corbin et Strauss, 2015). De plus, puisque nous souhaitons comprendre les effets du programme dans chacune des résidences, il est conséquent d’interviewer les gestionnaires de manière individuelle.

Cette nouvelle collecte de données qualitative sous forme d’entrevues permettra d’approfondir notre connaissance des effets du programme sur les différents acteurs impliqués. Cette dernière étape a pour but de mener à une bonification d’une version finale du programme et de préciser la méthode d’implantation.

AVANCEMENT DES TRAVAUX :

La revue systématique est en cours.

La collecte de données pour répondre à l’objectif 1 est en cours.

COMMUNICATIONS :

S.o.

ÉCRITS :

S.o.